Je pense être un animal

14012012

Daniel darc

Parfois, j’aimerais disparaitre. Je ne crois pas que je serais un jour à la hauteur. Je ne crois pas que j’arriverais un jour à entrer quelque part. Je ne sais que partir, quitter, fuir, me faire jeter, renoncer, pleurer. Des jours comme des descentes, plutôt comme des chutes. Quand le pond cède, parce que j’ai coupé les fils, les croyant inutiles, futiles, ne voyant que les planches qui, directement, me supportent.

Alors que je ne sais qu’imaginer. inventer dans ma tête des boutons qui me permettrait de recommencer, indéfiniment, pour pallier à toutes mes erreurs si misérables. On ne peut sortir de sa médiocrité. Il est presque inutile d’essayer. Le presque ne recouvrant que les prémices d’un succès, comme on aperçoit la raie de lumière sous la porte, alors que la poignée est hors de portée.

Need watering -- Brenda Chrystie




à ton avis, pour en être là, on passe par où ?

14122011

3 minutes sur mer

 

L’eau emprisonnée et la couette sur mon dos. Des balles et des cratères. Ces chapes de plomb qui m’assaillent sans que je ne puisse l’expliquer, et qui durent. Et qui cassent tout, autour. Un lit froid, des cauchemars. J’ai 12 ans, je suce mon pouce et j’attend que l’on veuille m’aimer.

 

 




On a beau rêver de boissons : quand on a réellement soif, il faut se réveiller pour boire.

7112011

Sigmund Freud

Des lieux que je connais par coeur, qui change de couleurs aux murs épisodiquement mais pour rien. Pour se targuer d’évolution inutile, sans entaille. Les jugements, les valeurs, les gloires passées et les gorges chaudes. l main-mise des plus vieux. Le chemin parcouru comme preuve d’une quête réalisée.

Mon silence sans réponse, première lâcheté.

Ma fuite, comme abandon.

Mes lectures, mes reflexions, l’ingratitude suprême.

L’étau de leur bras me compresse sans fin. La sonnerie du téléphone, comme un rappel à l’ordre permanent. Les petites phrases pour m’aider à trouver la voie, en me coupant la tête. Je ne suis plus de leur monde, même si j’y ai poussé mon premier cri, aspirer la première bouffée d’un air tiède aux senteurs terreuses. Mes mains dessinent des callosités que je ne connais pas.

Aucun drame, non, rien d’insoutenable. La vie honorable et médiocre, autour de valeurs communes façonnées par des générations travailleuses.

Je suis partie, je fais des choix qui connaitront des conclusions douloureuses, j’irradie de colère, mes pleurs vont et viennent, singeant la mer de leur quotidien.

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AI WEIWEI




Nous appellerons émotion une chute brusque de la conscience dans le magique.

18092011

Jean-Paul Sartre

Je suis dans un camp militaire, dans une vieille forêt, sous un orage. Mon lit est sous un abri qu’un jeune noir m’a installé. Il discute dans un coin de la petite pièce avec sa femme en attendant mon verdict. Lorsque je rentre, je suis intimidé, comme un cambrioleur, un tyran. En silence, je commence à me changer puis, en un instant, je sens l’effervescence qui s’empare du camp. je passe la tête entre les deux pans de tissus qui marquent l’entrée de mon nouveau domaine : mes gens courent en tout sens , j’essaie de comprendre ce qui peux les paniquer. Alors je sens une vague d’émotion qui fond en moi, une chaleur incroyable me submerge et je fuis, je m’enfonce dans la forêt, mes chaussures s’enfoncent dans le sol, parfois ma jambe s’enfonce jusqu’en haut de ma cuisse et je perds de longues secondes à me dégager. Je ne maîtrise rien, mes gestes sont directement engagés par mes émotions sans que ma raison ne puisse en rien les contraindre. Il me semble que j’ai entamé un large cercle qui devrait me ramener vers le camp. La nuit est noire et j’aperçois des lumières, à quelques mètres, qui fusent à travers les feuillage lourds d’eau. Les graviers blancs du chemin s’illuminent par instants, quand les nuages fuyants découvrent la lune. Un homme vient. Il est petit et assez gros, il porte dans sa main gauche une vieille lanterne qu’il s’amuse à tourner autour de son poignet. Je me tapis dans l’ombre du bord du chemin mais plus l’homme se rapproche, plus le chemin se rétrécit. Soudain, un chat miaule et je me rappelle alors soudain que le chat était avec moi, je l’avais oublié.Elle s’est enfuie du camp, je tente de la discerner dans le noir mais je n’entends que ses miaulements. Lorsque l’homme me croise, il ne me voit pas mais sa lanterne vient frôler mon bonnet. Il s’arrête et me fait face très doucement, je sens la joie qui irradie de tout son être et le mien qui s’affaisse de honte. Il me parle mais je ne comprends pas, il me semble que je n’arrive pas à dissocier les mots, à les reconnaître. Je me lève et alors que je découvre son crâne chauve, sa longue barbe et ses petites lunettes bleutés, je sais qui il est ; je le salue d’une voix douce et aimable, en le nommant. C’était lui que out le monde fuyait. J’attrape le chat et je marche maintenant doucement sur le chemin qui me ramène à mes affaires. j’ai la certitude que tous le fuyaient, tout à l’heure. Mais ce que je ne m’explique pas, c’est comment ils le connaissaient : il vient de mon ancienne vie, celle qui s’oppose à tous mes aujourd’hui. Tout est silencieux et je reprends pieds devant mon lit, des linges sont suspendus aux racines de l’arbre qui m’abrite. La terre est sèche et réfléchit une joli couleur d’ocre rouge. J’attache le collier du chat à une petite ficelle pour qu’elle ne puisse plus s’en aller. Doucement, je retire le tee-shirt trempé qui me glace. Je le jette et reste à frissonner quelque secondes pour sécher. Mes yeux frôlent ce qui m’entoure. Alors, je découvre avec effroi que j’avais mis un maillot de sport, le rouge criard de ma compagnie hurle sur mon duvet, et j’étais pourtant en treillis. Tous, tapis dans l’ombre, ont du se moquer de moi. Je me tourne vers le chat, elle s’emploie à mordre la ficelle et tout son corps est parsemé d’agrafes rose et mauve fluos.

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Francis Bacon




Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel.

7092011

Jean Jaurès

Le silence comme absence de parole. Les bruits qui traversent alors que l’on est hors du monde. Dire n’importe quoi et ne pas s’en souvenir. Enfin, dire n’importe quoi, les poils qui se hérissent, les marques sur la peau…

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Schiele




Si l’on était responsable que des choses dont on a conscience, les imbéciles seraient d’avance absous de toute faute. L’homme est tenu de savoir. L’homme est responsable de son ignorance. L’ignorance est une faute.

12082011

Milan Kundera

Je courais comme les chiens, avec cela d’extraordinaire qu’un seul de mes membres touchait le sol à chaque pas. Les gens s’exclamaient sur mon passage et j’étais très fière de moi.

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A. Oehlen




Dimanche, le jour mort parmi les vivants

30072011

Grangé

Les mots sont l’essence du monde civilisé. Ils peuvent caresser, déchirer, tronquer, blasphémer beaucoup de vies, en une fois, un instant.
Un son, une trace, et tout est perdu.

Tout perdre, comme le renouveau d’un cycle. Et continuer à aimer, simplement parce que je ne sais pas comment faire pour oublier.

Se noyer dans l’instant où le blanc irréel englobe tout.

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Bruegel -- la tour de Babel




La barque silencieuse

19072011

Pascal quignard -- Le dernier royaume, VI
à lire, d’urgence.

C’est avec les petites frustrations quotidiennes que l’on vainc l’ego. Il ne faut cesser de se sentir misérable, se replier, s’appesantir sur son coeur jusque l’étouffer. Il ne faut pas s’envoler, tourbillonner en emportant tout. Les tornades ne s’arrêtent jamais vraiment, elles reprennent leur souffle.

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Gustave Doré




L’opposé d’une somme est la somme des opposés.

18072011

Loi mathématique

j’assassine mes rêves. Tous, je les dissèque puis les accumule au bout de la table. Dessous, la poubelle attend, le couvercle posé contre le mur, inutile. Je retrace mes jours de rêverie, mes souvenirs heureux et je les annihiles de mes ongles. Entre chaque, je me récure soigneusement les doigts, aucun dépôt ne saurait meurtrir mes chairs. Je me prépare à l’enfermement mesquin des horaires de bureau et des vêtements que je n’aimerai pas. Je me prépare à vieillir. Je ne saute plus, j’escalade prudemment la falaise sans lâcher des yeux le ressac qui laisse entrevoir les roches affleurantes. Ma vie ne sera jamais une famille, une maison, un chien, un enfant. Pas de sourires éternels, pas de soirées inoubliables. Je ne garderai rien. Et je graverai la catharsis sur mon coeur.

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Alfred Deux -- le monde fini est ce qui est




La vie n’est pas complexe, c’est nous qui le sommes

10072011

Oscar Wilde

Elles se tenaient maintenant l’une en face de l’autre, assez proches et dans une position identique : les bras ballants mais le front haut, leurs regard ne semblaient tenir que sur le fil qui les reliaient. Le petit pistolet avait changé de main.

Je sentais son poids lourd dans ma main, la douceur froide de sa crosse rainurée. Mon index caressait lentement l’arcade qui protégeait la détente alors que mes yeux semblait entraînait mon âme vers l’abîme de la forêt de son regard. Le rictus qui déformait ses traits s’atténuait doucement dans le flou des larmes qui me dévoraient. Je voyais le défi dans ses yeux. Cela ne dura que quelques secondes avant que, d’une secousse, je projette mon bras vers l’avant et que le recul de l’arme ne m’arrache un cri alors qu’une simple balle de cuivre ne pénètre son visage et qu’il ne m’éclabousse de cette chaleur que j’avais tant aimé, autrefois. Le corps s’affaissa durement, marquant la fin de la chute d’un bruit mat qui devait résonnait encore longtemps dans mes oreilles.

Le corps à ses pieds semblait celui d’une marionnette désarticulée, délaissé par son créateur, et morte d’ennui dans un coin de l’atelier. Elle se retourna doucement et marcha lentement vers la table de l’ordinateur qui contrôlait les caméras. Elle posa délicatement l’arme, la soutenant de ses deux mains avant de la caresser sans le toucher le canon brûlant. Elle pris garde de laisser apparaître la sécurité et tourna le canon vers le mur.

je ne sais comment, mais lorsque qu’une main me toucha l’épaule, je me trouvais assise en tailleur, sa tête en lambeaux au creux de mes jambes, je regardais sans comprendre mes mains qui caressait ses cheveux et son cou, seuls rescapés d’une consistance physique que j’avais bu jusqu’à la lie. La nausée m’envahit alors que des bras me tiraient vers une lumière aveuglante et un vacarme assourdissant. Mon être s’étirait, mes jambes m’apparaissaient être restées là-bas, sans que personne ne s’en aperçut.

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Othoniel -Lagrimas