Dormir est une façon de mourir ou tout au moins de mourir à la réalité, mieux encore, c’est la mort de la réalité.

26012010

Salvador Dali

De petites allumettes dérivent sous mes pas. Je ne croise que des taxis. J’entends la pluie qui me nomme par des noms princiers. Les collines jouent d’ombres. Je file sur ce chemin et rien ne m’entrave plus. Les poissons me jettent de lourdes pierres mais les iris me protègent. Je fuis les portes qui claquent. Je me perds. J’essaie. Je le veux. Les échelles ne me mordront plus alors.

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Rembrandt - Philosophe en méditation




Quand on aime la vie, on aime le passé, parce que c’est le présent tel qu’il a survécu dans la mémoire humaine.

15012010

Marguerite Yourcenar

J’aime trop les mots, les êtres que je ne connaîtrais jamais. Je ne comprends pas assez le monde pour ne pas m’intéresser au passé. Je rêve d’ailleurs, autrement, à une autre époque, un autre monde. Je n’ai plus rien à dire, je n’arrive plus à me détacher de la réalité…

Il est 6h44, rien ne bouge.

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Les ménines - Picassso




Il est dit que tout homme doit découvrir quelque chose qui justifie sa vie.

13012010

Luis Sepulveda

Elle avait bien crût devoir demander le chemin vers la chambre au portier, elle n’était encore jamais venue dans cet hôtel. Mais finalement, la porte apparue au détour d’un couloir, près d’une plante verte exubérante. La moquette de la chambre est d’un rouge sombre, elle s’ouvre sur un petit salon en bois sombre, au tissu vert lourdement ornementé. La femme qui lui ouvrit l’embrassa sans attendre, et jeta vivement son manteau sur la petite table. Les mains sur ses hanches, elle l’attira vers le lit. Lorsque ses mains remontèrent le long de son dos, elles sentit la peau un peu rugueuse des femmes mûres. L’autre ne cessait de la caresser et ses lèvres lui avait déjà plusieurs fois parcouru le corps. Elles tombèrent lourdement sur le lit. Cela prenait parfois une forme de lutte.

Elle se souvenait ce sourire que la vitrine de l’antiquaire lui avait renvoyé. Cette boîte. Imparfaite et usée. Les coins arrondis du passage du temps. Lorsqu’elle y plaça enfin la main légère et ensanglanté, son estomac se contracta encore. C’était il y a longtemps, si longtemps. Elle croyait encore voir cette vieille scie rouillée. Sur l’escabeau, Le bleu, contre le mur du fond. Elle se rappelait avoir du déplacer la malle de sa mère, s’être cognée plusieurs fois contre l’atelier. Elle se souvenait de chacun de ses mouvements, de chacun de ses soupirs. La chair commençait à se détacher lorsqu’elle réussi enfin à la laisser s’évanouir dans la boîte, dans cette boîte. Ensuite, elle vomit, pour la première fois, enfin. Parce qu’elle n’était plus seule maintenant. Parce que ce carrelage froid lui écrasait les genoux. Parce que l’odeur de sa bile lui agrafait le nez. Alors elle regarda encore.

L’aiguille dans sa main n’avait plus aucune importance. la bobine de fil dissimulait une légère tâche sur le parquet. Son manteau gisait au pied du canapé. La tasse, renversée près de l’âtre. Des bouts d’ongles sur le manteau. Des auréoles sur l’accoudoir. Bientôt, du sang, un peu, vraiment pas beaucoup pensa-t-elle alors que son regard revenait à l’aiguille. Cela ne se verrait pas. Elle se sentait vaporeuse, aérienne. Ce feu la rendait si légère. Le vieux fauteuil l’enveloppait encore. Ses pieds se réchauffaient dans l’eau tiède de la petite bassine. Cette grande serviette avec l’odeur de lessive. Ce goût de sel sur les lèvres. Les cheveux hérissés, déjà si court. Grand-mère n’aimait pas vraiment, mais elle ne la reprenait seulement que lorsque son vocabulaire devenait trop, trop.

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Egon Schiele




Cette nuit les étoiles sont mon plancher, trouvez-moi.

12122009

Ariane Moffatt

Il y a cette étoile qui attire le regard. Puis descend doucement une guirlande, serpentant autour de l’ensemble. De légères et fragiles boules de couleurs sont accrochées à chacun des boutons de sa veste ainsi que sur ses manches. Son visage livide est partiellement caché par ses cheveux. C’est étrange comme ils l’avaient maquillée et coiffée, comme pour détacher la peau de son treillis. L’imaginer assise alors que des mains étrangères lui massait le visage, lissaient ses cheveux brisés par le chignon, lui fardait les paupières, tenant le tube qui passait doucement sur ses lèvres. l’imaginer assise alors qu’elle se balançait doucement dans le vent, et que filent les nuages et la neige. Et moi, debout face à elle, souriant aux hommes qui l’ont pendues.

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Maurice Denis - Baigneuses - 1906




Il n’est pire servitude que l’espoir d’être heureux.

20112009

Carlos Fuentes

“Le soleil se couche sur Anvers, on m’a roué de coups, dépouillé de toutes mes affaires, ça m’a fais un bien fou”… Volo

Les herbes rases s’affolent sous le vent, j’avance lentement en gardant les mains dans mes poches. Je déteste l’espoir et les illusions. Je déteste le temps et l’avenir, la vieillesse et l’humain. J’ignore tant de choses et elles me semblent tellement inacessibles. Je n’ai plus de forces pour m’évader.

Peut-être ai-je besoin de toi…

Peut-être ai-je besoin de musique, de beauté, de sublime…

Je ne crois pas être capable de vivre dans ce monde si longtemps.

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Dubuffet - Lithographie




Epargner ceux qui se soumettent et dompter les superbes.

18112009

Virgile

J’aurais voulu être un homme intelligent, je ne suis qu’une jeune femme avide. Il est bien sûr inutile de vous leurrer sur mes propos, ils ne recherchent que votre compatissance. Ils n’existent que pour eux-même. Je les regarde s’installer sur la page et s’ouvrir sous votre regard. J’imagine votre corps tendu sur la vieille chaise, le bureau qui marque vos avants-bras. Les agitations du monde au bord de votre fenêtre. La poussière qui s’accumule doucement. Peut-être le jour qui tombe, effrayant les oiseaux. La différence entre les factions isole les sentinelles. Je crois que je me laisse trop aller. Et pourtant je ne sais si cela mène à quelque chose. J’aimerais vivre un peu plus dans mes rêves. Mais je rêve trop. Je m’y chache si souvent que je ne me les rappelle de moins en moins… Et pourtant chaque jour l’aube me découvre… Et je n’aspire qu’à m’allonger encore.

Le désenchantement du monde comme un éclat transperçant nos seins.

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Ernst - L’ange du foyer ou le triomphe dur surréalisme




Chaque baiser est un tremblement de terre.

14112009

Lord Byron

Un soin cicatrisant. Un soin réparateur. De l’eau sans mesure. Se découvrir. Les apparences. Les discours. Cette énergie qui n’existe plus. Connaître les silences après l’illusion. Le point de départ où tout disparaîtra. Ensuite, les lueurs de l’aube ne me ressemblent jamais.

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La victoire de Samotrace




Je connais maintenant la définition de la guerre : la guerre, c’est la mort des autres. On ne la laisse durer que parce que ce sont les autres qui la font et qui en meurent.

14112009

Jean Guéhenno

De l’art de n’être si attentive au rien que je poste deux fois le même article. Je ne changes pas, un peu pour que vous preniez conscience que même une deuxième lecture n’apporte rien à la compréhension. Parce qu’elle n’existe pas. Nous ne sommes que sensations, comprendre est une utopie dans un monde si fluctuant que la communication nous submerge pour s’annihiler d’elle-même…

J’aimerais parfois, respirer…

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Turner




Le sublime touche, le beau charme.

13112009

Emmanuel Kant

Les ombres des nuages se découpent doucement sur les vallées. Les montagnes se confondent avec le ciel. J’ai le corps froid, les muscles engourdis par cette brise qui se love contre moi. S’exposer pour se rassurer. Évoquer les myriades et ralentir le passé. Le choc est violent et je m’emmêle dans la corde. Chaque soubresaut me cisaille et je ne sais où je suis. J’erre dans des paysages qui me paraissaient si lointain il y a peu. Mon étoffe s’essouffle de tous ces frottements. Mes lèvres se fendent. Les histoires que je racontent n’atteignent que mes oreilles. La bête approche, j’entends ses hurlements. Elle me suit mais je ne l’ai jamais vu. Elle me touche alors que je suis hors de portée de ses griffes. Comment écarter ce mur qui me fait face. Construction inutile et factice qui n’existe jamais vraiment tant sa laideur n’a d’issue. Le liquide fade et putride ne suffit plus à couvrir les fissures. Il se lézarde avec arrogance, trompant seulement les fous qui ne s’en approchent. Les traits, les traits, les traits, les apparences.

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Chervin




Comment le vent sait-il dans quelle direction il doit souffler ?

8112009

Stanislaw Jerzy Lec

Sa bouche touche mon nez. Dans ses cheveux je sens l’herbe, la maison et l’enfant. Le grain du papier est comme une peau qui la sépare. Ses yeux fermés, son visage si près du mien. Son corps et mes lèvres. Les yeux qui ne voient. Mes repères bascule et ma vie est hallucinée. Mes pieds ne me guident plus, mes mains s’irréalisent. Le jour ni la nuit ne m’efface et le sommeil n’est plus. La vague m’inonde doucement, de son flot perpétuel, de son rire si craint. Un château, des arbres et un rocher. Une vie qui part. Le musée ne peint plus. Les rêves ne peuvent plus. Les pavés s’irisent de l’essence de mon sang. Le bleu inonde, le bleu sale, le bleu noir, profond, inaccessible. Impardonnable. La mer, son importance, sa vengeance. Et les arbres, le château, l’herbe, la pierre, l’existence achevée. Son corps qui vibre, s’enfuit et me rejoins, qui exulte.

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